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11 juin 2008

Tirons profit du Net
Par Martine Rioux, APP

Québec - « Il existe un besoin immédiat pour des approches pédagogiques et transformatives et des pratiques préventives afin d’engager un dialogue avec les élèves » pour une utilisation d’Internet responsable. La conclusion du rapport du groupe de travail de l’ACSAQ est très claire.

Le groupe de travail de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ), mandaté en février dernier pour examiner l’impact d’Internet et des technologies dans les écoles publiques anglophones du Québec, a déposé son rapport la semaine dernière.

Ce rapport a été rédigé à partir, entre autres, des résultats d’un sondage mené auprès de parents, d’élèves et d’enseignants des écoles publiques anglophones du Québec au cours du printemps 2008.

D’après Debbie Horrocks, présidente de l’ACSAQ, on peut supposer que les résultats auraient été sensiblement les mêmes avec un échantillon de parents, d’élèves et d’enseignants issus des écoles publiques francophones du Québec.

Rien de vraiment nouveau dans ce petit rapport d’une quinzaine de pages, du moins pour ceux qui s’intéressent aux technologies et à leur apport dans l’apprentissage des élèves. Toutefois, le choix des mots témoigne de l’attitude, plutôt réactive que proactive, qui prévaut dans les écoles en ce moment et incite à passer à l’action maintenant.

Les membres du groupe de travail ont bien réussi à décrire la situation actuelle dans les écoles et leurs recommandations valent la peine d’être prise en compte. « Ce rapport contient de bonnes suggestions et nous espérons que les commissions scolaires les mettront en pratique », dit Mme Horrocks.

Les membres du groupe de travail ont fait remarquer que « le discours des médias diabolisant la technologie est généralement réfuté par les participants du sondage ». De fait, la majorité d’entre eux croient que les technologies peuvent s’avérer positives dans l’éducation des enfants.

Malgré cette ouverture favorable, tous sont aussi conscients qu’« Internet demeure un moyen de communication pouvant provoquer des incidents de comportements problématiques ». À ce sujet, le sondage a révélé que les écoles ne semblent pas en faire suffisamment pour éduquer les élèves et les parents au sujet des dangers possibles sur Internet.

Sur ce point, les membres du groupe de travail ont été clairs. Premièrement, « les écoles peuvent et doivent en faire davantage dans l’éducation des dangers possibles et des réponses aux situations particulières ». Deuxièmement, « ce travail devrait être fait de façon proactive et pédagogique et non de façon réactionnelle et craintive ».

D’ailleurs, il semble que cette « crainte » d’Internet et des technologies ait freiné, consciemment ou non, plusieurs enseignants dans leur intégration des technologies en classe. Ce n’est certainement pas le cas des jeunes. Une majorité d’entre eux jugent que leurs enseignants n’intègrent pas efficacement la technologie dans leur enseignement. Pourtant, une majorité d’enseignants croient les intégrer efficacement.

« Alors qu’il est clair que les écoles doivent continuer à viser l’intégration efficace de la technologie dans l’enseignement, le groupe de travail doit tout de même reconnaître les efforts importants déjà accomplis par les écoles et les enseignants », lit-on dans le rapport. « Il est quand même important de noter qu’ils [les enseignants] ne voient pas leurs efforts adéquatement appuyés. »

Passons à l’action!
Les membres du groupe de travail ont formulé sept recommandations. Celles-ci appellent essentiellement à une meilleure communication entre l’école, les parents, les élèves et même les médias.

Ces derniers peuvent entre autres contribuer à « signaler les réalisations positives des jeunes lorsqu’ils utilisent les technologies », ce qui permettrait de recentrer le discours sur les possibilités associées à Internet plutôt que sur les menaces et les dangers.

Les membres du groupe de travail invitent notamment tous les acteurs de l’éducation à collaborer afin d’établir des règles claires d’utilisation d’Internet dans les écoles, de renforcer l’autonomie des élèves et de les encourager à devenir des modèles de respect sur le Web, de mettre en place des mesures disciplinaires qui soient cohérentes avec l’utilisation des technologies.

Trois recommandations retiennent plus particulièrement notre attention.

La recommandation 2 invite à « développer et appuyer des programmes et du matériel afin d’intégrer Internet efficacement dans l’enseignement et l’apprentissage ».

À ce sujet, les membres du groupe de travail encouragent les adultes à faire appel aux jeunes afin qu’ils partagent « leurs connaissances des technologies et leur expertise avec confiance ». Mais, ils demandent aussi aux adultes d’intensifier leurs efforts « pour enseigner des stratégies aux élèves leur permettant de chercher du matériel en ligne, d'en évaluer la qualité et d'y faire référence correctement ».

Ils proposent également de « réévaluer l’exécution des programmes éducatifs à l’ère numérique en profitant des nouvelles possibilités pédagogiques que permet la technologie ». Ils indiquent que « les enseignants auront besoin de temps, de ressources et de soutien professionnel afin de transformer leurs méthodes d’enseignement avec succès ».

La recommandation 6, qui invite à « introduire des cours de compétences en culture informationnelle aux enseignants et au personnel des écoles », va dans ce sens. Mais les membres du groupe de travail militent en faveur d’une meilleure formation des enseignants (en formation initiale et en formation continue) en matière de traitement de l’information (Information Litteracy Skills).

« Les enseignants ont vraiment besoin de plus de formation pour pouvoir intégrer les technologies dans leur classe ». Mme Horrocks a insisté sur ce point lorsque nous lui avons parlé. À ce sujet, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec (MELS) aura un rôle à jouer, croit-elle.

Dans la recommandation 7, le MELS est d’ailleurs encouragé « à reconnaître l’impact des nouvelles technologies et à y réagir activement ». Les membres du groupe de travail vont plus loin en indiquant que le MELS devrait « exercer un rôle de leadership dans la promotion de l’intégration de la technologie en milieu scolaire ».

Mme Horrocks nous l’a répété en entrevue : « Nous sommes au XXIe siècle. La technologie est partout. Il est important que le MELS reconnaissance l’impact qu’elle peut avoir à l’école et qu’il pose des actions en faveur de son intégration ».

De fait, difficile de dire que le MELS a été proactif dans l’intégration des technologies au cours des dernières années. Bien sûr, il offre désormais 30 millions $ par année aux écoles du Québec afin qu’elles achètent du matériel technologique (voir Règles budgétaires 2008-2009). La cyberintimidation fait aussi partie des formes de violence citées dans le nouveau Plan d’action pour prévenir et traiter la violence à l’école.

Par contre, du point de vue pédagogique, il semble n'y avoir rien de concret pour l’instant, pas de mot d’ordre, pas d’encouragement, du moins pas à notre connaissance. Voici deux exemples. En Ontario, le ministère de l’Éducation alimente une banque de ressources éducatives en ligne pour les enseignants : Apprentissage électronique Ontario. Au Nouveau-Brunswick et en Colombie-Britannique (secteur francophone), les enseignants peuvent avoir un ordinateur afin de se familiariser davantage avec les technologies et l’utilisation d’Internet.

Les enseignants qui ont répondu au sondage du groupe de travail de l’ACSAQ ont été clairs. Ils sont favorables à une intégration des technologies à l’école, mais « ils ne voient pas leurs efforts adéquatement appuyés ».

À quand un discours de la ministre de l’Éducation pour inviter les écoles à embarquer dans le XXIe siècle? À quand une annonce pour des ressources pédagogiques et de la formation pour les enseignants?

Mme Horrocks espère que le rapport de l’ACSAQ ne demeurera pas lettre morte… Un comité a été mis sur pied afin de faire en sorte que des actions concrètes seront prises dans les commissions scolaires anglophones. Une copie du rapport a été envoyée à la Fédération des commissions scolaires du Québec. Une réévaluation est prévue dans deux ans. « Mais, il faudra que le MELS embarque », conclut-elle.

Par Martine Rioux, APP







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