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15 avril 2009

À quelques livres du bonheur
Par Caroline Montpetit, Le Devoir

C'est un remède à bien des maux, encore trop peu utilisé. Les études sont en effet formelles: la lecture faite aux jeunes enfants a pour grande vertu de favoriser la réussite scolaire. L'an dernier, une enquête canadienne a même démontré que la lecture effectuée à la maison en compagnie des parents était le seul facteur d'amélioration des résultats scolaires au primaire, les devoirs ayant peu d'effet à ce stade. D'où la nécessité de s'y mettre au plus tôt.

Lire aux enfants est nécessaire, voire primordial, et ce, dès le plus jeune âge. Au moment où un enfant entre à la maternelle, soit à l'âge de cinq ans, on attend déjà de lui, sans qu'il sache lire, qu'il ait un bon vocabulaire et que l'écrit lui soit familier, qu'il puisse déterminer si un livre est à l'envers, qu'il connaisse ses couleurs et certaines lettres, et qu'il puisse reconnaître les chiffres de un à dix et en connaître le sens, explique Maryse Perreault, présidente-directrice générale de la Fondation pour l'alphabétisation du Québec.

«La société change à une vitesse exponentielle», dit-elle, précisant qu'il y a seulement quelques décennies le Québec n'avait même pas de ministère de l'Éducation. Et les attentes envers ses membres se transforment de la même façon. Désormais, on dit qu'un adulte, pour être fonctionnel, doit avoir des aptitudes de lecture de niveau 3, c'est-à-dire qu'il doit pouvoir lire de façon quotidienne, pouvoir tirer d'un texte l'information principale et la reformuler dans ses mots, pouvoir passer par-dessus un mot de vocabulaire qu'il ne comprend pas sans pour autant perdre le fil du texte.

«C'est l'équivalent d'une bonne 5e secondaire», dit-elle. Or Mme Perreault fait un lien direct entre les 29 % de décrocheurs québécois du secondaire et les 35 % d'enfants qui sont identifiés comme «vulnérables», en ce qui concerne la maturité scolaire, dès leur arrivée en maternelle.

«C'est prouvé qu'à l'âge de huit ans un enfant [potentiellement décrocheur] a déjà décroché mentalement. Il attend simplement le moment où il pourra le faire. Essayer de raccrocher les enfants à l'école à l'adolescence, c'est comme mettre un pansement sur une jambe de bois», dit-elle.

Intervenir très tôt

Pour «raccrocher» les jeunes à l'école, il faut intervenir beaucoup plus tôt, dès la première année de vie. Il faut prendre les enfants sur nos genoux quinze minutes par jour alors qu'ils sont tout petits et leur faire découvrir les joies de la lecture, pour le simple plaisir. Car un enfant qui sait lire n'est pas nécessairement un enfant qui aime lire. Et certains enfants qui ont appris à lire tôt ne sont pas devenus systématiquement des mordus de lecture, dit Patricia Bossy, directrice de l'organisme Jame, pour J'apprends avec mon enfant, qui offre des séances de lecture bénévoles à la maison, auprès d'enfants éprouvant des difficultés en lecture.

«On vise beaucoup plus que le simple décodage des livres, ajoute-t-elle. On fait une énorme différence entre savoir lire et aimer lire. Il y a beaucoup d'adolescents tout à fait compétents en lecture mais qui décident de décrocher de l'école.»

La lecture, poursuit Maryse Perreault, c'est la porte d'entrée dans le monde de l'abstraction, comme dans celui de la connaissance en général. Aussi, un enfant dont le premier contact avec l'écrit se déroule à l'école, dans un contexte disciplinaire, peut complètement passer à côté de l'apprentissage du bonheur de lire. Lorsque le groupe JAME établit un contact avec une famille nécessitant un soutien à la lecture, il incite celle-ci à s'inscrire à la bibliothèque de son quartier.

«Ce qu'il faut faire, tout le monde peut le faire», écrit Dominique Demers dans son livre Au bonheur de lire. Comment donner le goût de lire à son enfant de 0 à 8 ans, qui vient de paraître chez Québec Amérique. Parmi les dix raisons que l'auteure évoque pour donner le goût de la lecture aux enfants, on trouve les suivantes: «lire rend heureux», «lire rend plus libre et plus puissant», «lire libère l'imaginaire», «lire est thérapeutique», «les livres nous ouvrent au monde» et «lire mène à écrire».

Pour que notre enfant aime lire, multiplions les rencontres de ce dernier avec les livres, lisons en sa compagnie pour donner l'exemple, choisissons des livres qui lui plaisent, choisissons des livres qui nous plaisent aussi, écrit Dominique Demers.

Ce n'est pas le choix qui manque. Au Québec seulement, le quart des livres publiés s'adressent aux enfants, ajoute-t-elle. Quand l'organisme Communication jeunesse, qui fait la promotion de la littérature québécoise pour la jeunesse, a été fondé, en 1971, il n'y avait qu'une dizaine de titres québécois publiés dans ce rayon. Or, l'an dernier seulement, l'organisme a reçu 645 titres, explique Johanne Gaudet, directrice de l'organisme. C'est sans parler de la panoplie de magazines qui leur sont adressés.

Lire ce qu'on veut, c'est aussi un apprentissage de la liberté. Si on dit que les garçons lisent moins que les filles, c'est peut-être parce qu'ils ne s'intéressent pas nécessairement à ce qu'on voudrait qu'ils lisent.

«Les garçons -- et les hommes en général -- préfèrent souvent la non-fiction, les ouvrages documentaires par exemple. Toutefois, ces livres peuvent être aussi bien écrits et aussi stimulants qu'un grand roman», écrit Dominique Demers.

«Si on compare la littérature à l'amour, ajoute-t-elle, on ne doit pas s'étonner que les choix des garçons diffèrent autant de ceux des filles. Assurons-nous que les modèles de lecteurs ne soient pas exclusivement féminins. Est-ce toujours maman qui raconte des histoires avant le dodo? Les papas sont pourtant formidables pour imiter la voix du gros méchant loup!»

Par Caroline Montpetit, Le Devoir

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Article publié dans le quotidien Le Devoir du 7 et 8 mars 2009, reproduit ici avec la permission de l'auteure.





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